#LE SAVIEZ-VOUS La philanthropie hospitalière, retour de flamme d'anciennes amours

Promotrice de la modernité des actions de mécénat du secteur de la santé, l’actualité tend à faire oublier que c’est pourtant bien la charité qui est à l’origine des premiers hôpitaux, et que la générosité publique en a permis le développement, et la survie. Cette tradition philanthropique ne s’est éteinte que très récemment, au début du XXe siècle alors qu’apparaissait la notion de patient-payeur.

Dès le VIème siècle, la Concile d’Orléans en 511 qui prescrit qu’un tiers du revenu des évêques est affecté au secours des pauvres, des orphelins, des veuves et des malades, assoit l’apparition des premières institutions médicales. Au cours du Moyen-Âge, si les dons de l’Eglise continuent à affluer en faveur des Hôtel-Dieu, les rois participent à l’érection de ces institutions, comme le fît Saint-Louis, à l’initiative de l’Hospice des Quinze-Vingt. Avec la propagation des maladies, les seigneurs entrent dans le mouvement et participent de la charité envers les hôpitaux. Ils leur font dons de certains privilèges afin de pourvoir à leurs revenus. Marguerite de Bourgogne offre à la ville de Tonnerre son Hôtel Dieu en 1293, et lui reverse le droit de minage, de rouage et de péage aux portes de la ville, ainsi qu’une dotation en terre et bois. Très vite les bourgeois y allèrent aussi de leur écot, faisant de l’Hôpital une riche puissance. Bénéficiaire de ces droits féodaux, de rentes des propriétés du clergé et soutenu par la monarchie, l’hôpital pâtit fortement de la Révolution de 1789 abolissant les privilèges, nationalisant les biens de l’Eglise, et ruinant l’Etat. Une fois de plus le salut lui vînt de la générosité publique et de la philanthropie des grandes familles du XIXe siècle, tels les Rothschild. La charité ne cessa d’être la ressource principale de l’hôpital qu’avec l’arrivée de la République et le développement du concept de patient-payeur. En 1800, seuls 5% des revenus provenaient des patients, le taux grimpa à 20% en 1900, et quasiment la moitié en 1945.

A cette date, la création de la Sécurité sociale mis un terme à ce modèle économique basé sur la prédominance de la générosité publique. Un demi-siècle plus tard, la priorité faite à la recherche de mécénat est moins une révolution qu’un retour à la tradition.

 

Sarah Hugounenq