#AILLEURS Montréal : Quand l'Hôpital s'invite au musée

Le musée des beaux-arts de Montréal développe un chantier pionnier, grâce à un mécénat exceptionnel. Pour la première fois au monde, un musée accueille en son sein des espaces médicalisés encadrés par des professionnels de la santé. Par ce mécénat innovant, l’institution affirme son rôle sociétal en devenant un laboratoire de recherches de santé.

L’éditeur de manuels scolaires, Michel de la Chennelière n’en est pas à son coup d’essai. En 2011, il offrait au musée canadien une enveloppe de 3 millions de dollars pour ouvrir le Studios Art et Éducation. Trois ans plus tard, il profitait de la création d’une extension du musée des beaux-arts en vue d’accueillir la collection de Michal et Renata Hornstein pour renouveler son engagement à hauteur de 2 millions de dollars. Il permettait alors la construction d’espaces précurseurs dans le domaine de l’art-thérapie. Inauguré en novembre 2016, le nouveau Pavillon pour la Paix est moins une simple extension, qu’un outil pour amplifier le rôle social joué par le musée. « L’art fait du bien ! C’est prouvé, s’enchante le mécène. Lancées par notre musée en collaboration avec des chercheurs universitaires, plusieurs autres recherches viendront le confirmer. J’espère que les résultats positifs de ces actions éveilleront le « philanthrope qui sommeille en chacun de nous », et en inciteront d’autres à donner ».

Des espaces uniques au monde

Le MBAM devient le premier musée d’art à intégrer à ses espaces un bureau de consultation spécifique pour professionnels de la santé, médecins et art-thérapeutes, un atelier d’art-thérapie et, bientôt, une Ruche d’art, lieu de création sous la supervision d’un art-thérapeute. A cela s’ajoute l’étude d’un programme de résidence médicale in situ visant à accompagner les démarches thérapeutiques de l’établissement en offrant aux patients des « prescriptions artistiques » ciblées selon leurs besoins. L’ensemble est chapeauté par un comité scientifique « Art et Santé ». Mis sur pied le 17 janvier dernier, il ambitionne de « valider [les] projets de recherche, évaluer [les] actions-pilotes, renforcer la portée de l’art-thérapie, élargir [les] partenariats internationaux, communiquer [les] innovations, échanger [les] meilleures pratiques au Canada comme à l’étranger », explique son initiatrice, Nathalie Bondil, directrice générale du musée. Sous la présidence de Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, il réunit 13 experts bénévoles des milieux de la santé, de la recherche, de la philanthropie et des arts. L’objectif affiché est de favoriser la reconnaissance de cet axe de développement à l’échelle internationale.

Être précurseur en matière de recherche

Le modèle est inédit. Conçu comme un laboratoire d’innovation, le musée s’appuie sur des programmes de recherche menés en partenariat avec des médecins et des chercheurs des milieux universitaires. Chaque projet suit une méthodologie exploratoire pour étudier de façon scientifique les impacts de l’art sur la santé physique ou mentale. Le principe de base est simple : la complexité des maladies mentales, du cancer et des maladies cardiaques nécessite une approche globale et intégrée à l’environnement social, culturel et économique que permet le musée.

Les partenariats : le nerf de la guerre

Pour ce faire, des collaborations uniques au monde entre un musée et le milieu médical, sont conclues. Tel est le cas de l’accord signé avec un institut de cardiologie qui donnera lieu à des parcours spécifiques de soins pour les patients ne pouvant supporter une médicamentation traditionnelle. La visite debout est conçue comme un marathon de santé physique et mentale. Un partenariat avec le CHU Sainte-Justine permet de penser autrement la réadaptation sociale des jeunes aux prises avec des problèmes de santé mentale. Avec la Fondation Miriam, le musée se tourne de manière pionnière vers l’autisme. Un rapprochement avec l’Institut Douglas et son programme sur les troubles alimentaires donne naissance à des parcours thématiques, élaborés par exemple autour la représentation du corps de la femme à travers des âges et les civilisations pour soigner anorexiques et boulimiques. Nouveau partenaire de l’université de médecine et du monde médical, le musée devient un interlocuteur de premier ordre. L’université Concordia voisine propose à ses étudiants de valider leur diplôme d’art-thérapie après un passage obligé dans les ateliers du musée. « Montréal est en train de se positionner comme avant-gardiste sur les projets d’art-thérapie par ses recherches universitaires. Le but est d’utiliser le musée comme une plate-forme qui puisse être utilisée par des experts [de la médecine] et qui ouvre nos salles à un nouveau public qu’on ne pourrait toucher autrement », explique Nathalie Bondil.

Cette nouvelle aile ne se cantonne pas à un espace médical supplémentaire, elle donne au musée la capacité à se réinventer dans la cité, selon des critères qui n’étaient pas les siens jusqu’à présent. Une fois de plus, cet enrichissement inédit de la mission publique du musée n’aurait jamais pris cette forme aussi aboutie sans l’engagement d’un acteur privé.

 

Sarah Hugounenq.