#TENDANCE : L'hôpital ne se moque pas de la charité

L’heure est grave. Aussi coûteux que nécessaire, le financement des activités hospitalières s’accommode mal du contexte de rigueur budgétaire. Si les établissements publics sont priés de rétablir l'équilibre de leurs comptes dans l'immédiat, le retour sur investissement de la recherche n'obéit pas au même calendrier, obligeant à penser sur du long terme. Dans cette quadrature du cercle, nombreux sont les hôpitaux publics à s'être laissés séduits par le fonds de dotation. Tour d'horizon hexagonal.

Simusanté Amiens

 

Nouveaux venus sur le marché du mécénat, les hôpitaux n'ont pas à pâlir de leur efficacité sur la levée de fonds. Selon le baromètre de l'Admical en 2012, seuls 190 millions d'euros de mécénat et 17% des entreprises mécènes bénéficiaient à la santé, quand deux ans plus tard, la somme atteignait 448 millions d’euros et mobilisait près d’un tiers des entreprises. Si les dernières études font état d'une baisse sensible, force est de constater la réactivité du secteur qui a su s'engager très tôt dans la recherche de financements extérieurs. Sans même attendre la création du statut de fondation hospitalière entérinée en août 2014, les établissements de santé ont adopté en un temps record la récente formule du fonds de dotation, aujourd’hui au nombre de 393 dans le domaine de la santé.

Pionnier en la matière, le CHU de Nîmes a créé son fonds en 2009, un an seulement après la création du statut.

Financer la formation et l’innovation médicale : une vision au long terme

Comme pour la majorité de ces structures érigées en milieu hospitalier, leur premier objectif se tourne vers le financement ruineux de la recherche. La levée de 530 000 euros en 6 ans prouve combien ces initiatives se construisent sur le long terme. L'innovation médicale est également l'objet du fonds de dotation du CHU de Rennes, Nominoë qui a pu ainsi mettre en service le 8 novembre dernier une biobanque. Installé alors que la situation de l’hôpital était à l’équilibre, Nominoë affirme le mécénat comme une opportunité d’approfondissement des missions publiques et non un palliatif aux subsides publics en perdition. La règle se vérifie à Robert Debré, où le fonds porte des bourses dotées de 30 000 euros au bénéfice de projets de recherches clinique pluridisciplinaire. De même, le fonds du CHRU de Lille développe une médecine préventive via des ateliers d'éducation thérapeutique pour les patients atteints de maladie chronique, grâce aux soutiens privés. Dans ce domaine pédagogique, le fonds de dotation n’est pas l’alpha et l’oméga. Le cas du très innovant centre de simulation santé du CHU d’Amiens, pivot de la formation continue et initiale en condition réelle, est instructif. Les lourds investissements sont supportés grâce à des campagnes de mécénat et des recherches actives de partenaires menées au long cours par le cabinet Fourreau & Associés.

Fédérer les mécènes sur des projets qui enrichissent la mission hospitalière

Dans leur diversité, les fonds de dotation hospitaliers se rejoignent sur leur ambition de financer la marge du cœur de métier des soins, comme nous l’avons vu, la recherche, la formation mais aussi les actions culturelles au bénéfice des patients hospitalisés, et plus largement, la conservation et la sauvegarde du patrimoine culturel hospitalier. Le fonds du CHM du Mans est très versé sur le bienfait médical de initiatives culturelles et soutient un projet de pratique artistique déambulatoire dans les chambres des patients, ou la production d'un concert dans l'établissement par des musiciens professionnels. Dans le même temps, le fonds Aveni à Nice a permis le financement en décembre dernier d'un orchestre du CHU au bénéfice des patients. De son côté, le CHU de Toulouse et son Institut Saint-Jacques chargé de récolter les fonds met ainsi explicitement en avant ses besoins en terme d’entretien et de valorisation de son patrimoine historique dont l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. A cette préoccupation patrimoniale, se greffe plus largement la question de l'accueil du patient. Tandis que nombreux sont les hôpitaux à la recherche de subsides pour rénover leurs espaces publics ou moderniser les chambres comme le propose le fonds « Un Hôpital d'Avenir » d'Apt ; le CHIC de Créteil invite les mécènes à soutenir des actions inédites portant sur le marketing sensoriel (confort du patient en bloc opératoire ou espaces de respiration en chirurgie pédiatrique).

Faire vivre les projets : opération séduction

La durabilité qu’induit le fonds de dotation est une arme à double tranchant. Incitant les mécènes à un engagement fécond dans le temps, la vision à long terme implique en contrepartie de rivaliser de dynamisme pour pérenniser le fonds. La communication est un des outils. Chacun y va de son innovation. Fin novembre dernier, le CHU de Nîmes organisait, sur le modèle américain un gala caritatif au profit de l’acquisition d’un robot chirurgical nouvelle génération. En 2013, le fonds Robert Debré organisait une vente aux enchères à son profit, l'année suivante un dîner caritatif au conseil constitutionnel et deux ans plus tard un concert de charité à l'Athénée. Autre proposition innovante, le fonds du CHRU de Lille propose un don sous forme de parrainage d'une équipe de chercheurs, et ainsi d'impliquer d'autant le mécène en le faisant acteur de la recherche.

 

Viable uniquement dans la durée, cet instrument nécessite un investissement humain spécialisé pour le faire vivre, et l’accompagner. Car l'arrivée massive du mécénat dans le financement du milieu hospitalier français ne peut faire l'économie d'une réflexion éthique en amont, à la fois sur le plan juridique de la transparence si nécessaire à un service public aussi fondamental que la santé, et sur le plan financier de l'indépendance vis-à-vis des donateurs pour garantir l’égal accès aux soins et la diversité de la recherche.

 

Sarah Hugounenq.