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#L'AVIS DE...Jacques Sizun, président d'Innovéo.

Le fonds de dotation Innovéo du CHRU de Brest a été lancé en novembre 2016, grâce à l’accompagnement juridique (mise en place administrative), financier (pérennisation du fonds en mécénat et partenaires) et marketing (communication attractive autour des projets) du cabinet Fourreau & Associés. Jacques Sizun, son président revient sur les racines du projet, ses contours et ses futurs développements.

Pourquoi avoir choisi de créer un fonds de dotation ?

Le CHRU de Brest est très impliqué dans la recherche. Pour la financer, nous nous tournons vers les appels à projets nationaux et européens, ce qui n'est pas suffisant. Le fonds de dotation nous est alors apparu comme un outil intéressant pour combiner des fonds venus à la fois d'individus, d'association et d'entreprises. Un autre critère important fut d'associer la région à cette dynamique de recherche.

 

Le fonds de dotation revêt donc une dimension territoriale ?

Oui, il n'est pas uniquement destiné aux projets du CHRU de Brest mais à ceux développés dans la région, comme Morlaix et Quimper avec qui nous avons conclu des partenariats sur la recherche. Nous inscrivons la recherche non dans un hôpital, mais dans le territoire de santé. Le fonds de dotation fait sens en Bretagne, région dotée d'une forte tradition associative. Rappelons-nous aussi que le premier scanner dans le Finistère avait été financé par un appel à la générosité publique. Il y a dans notre région une tradition de soutien de la population à ses institutions proches, en particulier l'hôpital.

 

Pourquoi miser sur la recherche ?

Nous avons un département de la recherche très structuré avec une direction de la recherche et de l'innovation, avec un centre d'investigation clinique (CIC) qui permet aux chercheurs d'obtenir de l'aide à tous les stades de leurs travaux, de la conception à la publication, avec des structures d'aides spécifiques...Mais il nous manquait un outil plus ouvert sur la population bretonne.

 

Pour le lancement, sept projets de taille et de type très différents sont ouverts au financement participatif pour un montant global de 2 millions d'euros. Cela va du handicap moteur de l'enfant et la prévention de la perte de la marche (souscription ouverte sur 4 ans avec comme objectif de récolte 488 601 euros), à la modernisation des espaces d'accueil du site de Morvan (250 000 euros sont nécessaires pour des travaux qui démarreront cette année), en passant parun programme de recherche sur le développement psychomoteur des prématurés (37 403 euros escomptés sur 3 ans). Comment et par qui ces projets sont-ils sélectionnés ?

Un appel à projets a été diffusé au sein du CHU. Ils doivent refléter la diversité de la recherche au CHU, articulée autour de trois grands axes que sont la médecine de précision, les pathologies vasculaires, et la recherche sur les personnes vulnérables (personnes âgées, et enfants). Les réponses ont été analysées anonymement par un conseil scientifique, constitué de personnes extérieures au CHU - hormis moi-, ayant des compétences dans la recherche, par nécessairement clinique mais médicale. Les projets ont été classés selon leur rigueur, le capacité de diffusion, leur faisabilité, et la manière dont ils peuvent faire rayonner la région. Ils ont ensuite été soumis au conseil d'administration du fonds de dotation, permettant d'allier à l'exigence scientifique, la transparence.

 

La campagne la plus courte actuellement lancée s'étale sur 18 mois, quand d'autres courent jusqu'à 5 ans. Alors que les souscriptions publiques se remarquent d'habitude par un calendrier plus rythmé, n'avez-vous pas peur de lasser les donateurs ou de manquer de dynamisme pour tenir dans le temps ?

Nous avons choisi ces temps longs car certains projets nécessitent du temps. Cela permet aussi d'envoyer un message aux entreprises locales qui parfois préfèrent s'engager sur la durée dans une collaboration plus étroite qu'un « one shot ». En parallèle, nous misons sur le renouvellement des projets : il est déjà prévu l'an prochain de refaire l'appel à projets. Nous organiserons aussi une forte communication basée sur la presse locale, sur des expositions à l'aéroport de Brest, au site internet, ou encore à l'installation de bornes de dons dans les établissements. Ce dernier dispositif très innovant, encore peu répandu dans le milieu de la santé mais plutôt dans les musées, permet de promouvoir la possibilité d'un lien très étroit et rapide entre les usagers et le chercheur.

 

Vous parliez de transparence dans le choix des projets, avez-vous également des prérogatives quant au choix des donateurs, des entreprises mécènes en particulier ?

Tout à fait, nous sommes très sensibles à la question du conflit d'intérêt. Il fallait absolument éviter que le financement d'une entreprise soit le ticket d'entrée pour postuler à des marchés de l'hôpital. Le fonds de dotation doit permettre cette séparation entre d'un côté, les marchés qu'émet l'hôpital auprès des entreprises régionales, et de l'autre, la recherche de financements chez les entreprises de la région. Ce cloisonnement est prévu dans la charte du conseil d'administration, et dans l'analyse des éventuels mécènes. Le côté éthique du fonds de dotation nous est cher.

 

Comment surmontez-vous la difficulté du fonds de dotation qui statutairement ne peut recevoir de fonds publics ?

Le centre hospitalier postule de son côté pour obtenir les fonds publics, par le truchement des Projets Hospitaliers de Recherche Clinique (PHRC). Le fonds de dotation vient donc en complément, orienté uniquement sur la recherche et qui donc bénéficie à la population bretonne.

 

La naissance de cet outil est-il un aboutissement de votre stratégie de levée de fonds ?

Non, nous partons de presque zéro, car nous n'avions aucune structure. Si nous avions un peu de mécénat cela n'était pas organisé au niveau de l'établissement. Le travail entrepris au moment de la création du fonds a été d'approcher les entreprises régionales. Les relations sont entrain de se structurer avec l'objectif de faire se rencontrer les mécènes avec les chercheurs pour qu'ils présentent leurs travaux, et pas simplement les représentants de l'hôpital.

 

Sarah Hugounenq.